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POP ROCK ELECTRO

puce PinkNoColor

Comment des musiciens de jazz, de hip-hop et de world music ont réussi à faire table rase pour créer la pop onctueuse de PinkNoColor.

Depuis 2012, les musiciens marseillais Uli Wolters et Patrick Ferné partageaient, sans même le savoir, un "petit" secret. Bien qu'immergés depuis des années dans les vastes océans que sont le jazz, le hip-hop et de la world - écumant ainsi les scènes du monde entier -, ils ont entrevue, peu à peu, à la surface de leur musicalité, les rayons chaleureux de la pop musique. Nouvel éclairage. Nouveaux reflets. Dès lors, impossible de ne pas se laisser emporter par le souffle mélodieux de chansons aussi excentriques que saisissantes. 

« J’écrivais des trucs pour d’autres projets, mais ça n’était pas mon style à moi. Je répondais aux besoins spécifiques de ces groupes. », se rappelle Uli. « On s’est rendu compte, Pat' et moi, qu’on écrivait des morceaux pop chacun de notre côté depuis des années. Etant des musiciens dit "sérieux",» il rit, « inutile de préciser que ce fut une véritable surprise. »

La surprise porte dorénavant un nom : PinkNoColor, qui fait allusion à la seule teinte absente du spectre lumineux, mais qui jaillit à tout instant. Ce nouveau projet avait ses règles : personne ne joue de son instrument. Personne n’écrit des morceaux dans son coin. Chacun apporte son idée au studio, et c'est le point de départ pour que le groupe commence à créer sa musique.

« Ce qui m’attire, c’est la simplicité » confie Wolters, songeur. « Après des années passées à étudier des musiques complexes et l’harmonie, ça faisait du bien de revenir à quelque chose de fun, d'immédiat. Ici il n’y a que trois ou quatre accords maximum par morceau, et les structures brillent par leur efficacité. Il fallait qu’on tienne nos passés d’instrumentistes à l’écart. » Uli a ainsi banni du studio le saxophone, son instrument de prédilection. Pat', lui, a mis de côté sa basse. Tous deux ont alors décidé de franchir le pas, et de chanter. Piano et guitare étaient suffisant pour créer les morceaux, avant d’inviter des amis musiciens à les rejoindre au sein du groupe.

Le résultat de cette collaboration, ce sont des morceaux pop consistants, dont les sonorités se situent quelque part entre Kraftwerk, la New Wave européenne et les tubes radiophoniques de Queen Bey, Alt-J et Fun. (I Follow, Don’t Lose Control). Ne pas se fier aux apparences, c’est ce que cultive le groupe. Éternels adeptes de musique afro-américaine, les membres de PinkNoColor sont devenus les artisans du track cool et efficace - la culture du funk aidant – qui baigne dans une lueur électro et s’agite au rythme des beats clubby.

Sous la surface lisse et épaisse de la pop, chaque morceau reflète en vérité l’univers délicieusement irrationnel de PNC. Une météorite qui traverse le ciel russe, une romance inédite à la Bonnie & Clyde entre une déesse vaudou et un esprit malin, ou encore un classique biblique revisité au feutre fluo ; ici on pourrait dire que les machines à café ronronnent et que les vibraphones se prennent pour des synthés.

« Nous avons abordé l’enregistrement de manière numérique, mais rien n’a été créé par ordinateur. Nous avons ainsi ajouté toutes sortes de sons inédits au mix, mais aucun ne sonnent vraiment comme ça » explique Uli. « Par exemple, certains sons de violon ou de sax alto ne sont pas reconnaissables, grâce à la distorsion et autres effets délirants. Il y a même du vibraphone, mais il produit des sonorités totalement expérimentales. A vrai dire, il sonne comme un Mellotron. Généralement, aujourd'hui, on essaient de faire sonner des sons numériques comme de vrais instruments. Nous, on a juste fait l’inverse. »

C’est la signature artistique du producteur Ulrich « YUL » Edorh, dont le style incomparable et sans compromis a agi comme un catalyseur sur l’audace et l’ouverture d’esprit du groupe. Au lieu de simplement superposer des pistes et de les bourrer d’effets en post-recording, Edorh préfère plonger au cœur de chaque piste et y ajouter de savantes doses de reverb, de distorsion et de tout ce qui lui passe par la tête, pourvu que le résultat soit à la hauteur de sa folie créatrice.

Pour le groupe, cette façon de procéder tombait sous le sens. On retrouvait alors la même énergie et l'opposition suivant laquelle le projet était né. « Nous avons exploré toutes ces tensions, entre organique et artificiel, entre chaud et froid » détaille Uli. Tensions qui surgissent dans l'imagerie distinctive du groupe. Comme la violente gifle qui finirait par caresser la joue, les principes cosmiques qui deviendraient terre à terre, l’esthétique avant-pop de PinkNoColor n’est finalement qu’une loi physique qu’il suffisait d’envisager.


Tristra (Rockpaperscissors) - 2016 (traduction)